Des nobles bretons parmi mes ancêtres ? – Episode 1

Le week-end dernier, j’ai cru devenir folle après avoir passé près de 7h à feuilleter les registres paroissiaux de Dinan (Côtes d’Armor) de la fin du XVIIe siècle. J’ai eu envie de vous conter cette aventure généalogique un peu frénétique qui n’est pas encore achevée.

Dans mon article Sur la trace de mes ancêtres bretons, vous avez fait la connaissance de Périne NEHOU, mon ancêtre à la dixième génération.

Périne_NEHOU_30_mai_1724_Vildé
Signature de Périne NEHOU le 30 mai 1724 à Vildé-Guingalan.

Elle est l’une de mes rares ancêtres à savoir signer au début du XVIIIe siècle, alors même qu’à cette époque entre 5 et 10% des femmes de Côtes d’Armor savaient le faire. Périne est baptisée le 7 septembre 1687 à Yvignac-la-Tour, et reçoit pour parrain l’écuyer Guillaume Gouyon, et pour marraine Périne Amoureux. Elle est la fille de Pierre NEHOU et de Thomasse GUERIN. Après ses fiançailles le 7 mai 1724, et la publication des bans de mariage les 7, 16 et 22 mai, elle épouse Julien HENRY, appelé Francoeur, sieur des Granges, le 30 mai 1724 à Vildé-Guingalan. Ils vont avoir plusieurs enfants (au moins un garçon, Marc Matthias, né en 1725, et des jumelles, Périne et Marie, nées en 1726).

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Signature de Julien HENRY le 12 août 1726 à Vildé-Guingalan.

Julien HENRY est inhumé le 14 avril 1737 dans le haut de l’église de Vildé en présence de son épouse, qui est quant à elle inhumée dans le cimetière de Vildé quatre ans plus tard, le 3 octobre 1741.

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Signatures de François DESCOUPEAUX et d’Elisabeth NEHOU le 2 août 1724 à Vildé-Guingalan.

Périne sait signer et épouse un sieur, comme sa sœur aînée Elisabeth NEHOU, née en 1674, qui épouse le 2 août 1724 à Vildé François DESCOUPEAUX, sieur de la Haultière, ou encore son frère Pierre NEHOU, qui est quant à lui « sieur de la Grande Maison ». Ce sont les premiers sieurs que je rencontre parmi mes ancêtres directs. Serais-je donc ENFIN sortie de la paysannerie pour trouver quelque famille noble ?

Pour explorer cette branche, il faut que je puisse remonter plus loin, et je m’intéresse donc aux parents de Périne, Pierre et Thomasse.

Pierre_NEHOU_21_septembre_1682_Yvignac
Signature de Pierre NEHOU le 21 septembre 1682 à Yvignac-la-Tour.

Sur les actes de baptêmes de leurs nombreux enfants (au moins 10 nés à Yvignac-la-Tour !), Pierre NEHOU est tantôt désigné comme « honorable homme », « noble homme », ou « sieur dudit lieu », et sa femme Thomasse GUERIN sait signer. Seulement voilà, impossible de dénicher leur acte de mariage.

Thomasse_GUERIN_22_novembre_1679_Yvignac
Signature de Thomasse GUERIN le 22 novembre 1679 à Yvignac-la-Tour.

J’ai tout essayé : épluchage des registres paroissiaux d’Yvignac et de Vildé, recherches dans la base de données Généarmor (où la plupart des registres des Côtes d’Armor ont été relevés), sur Geneanet, Gallica, Google… rien de chez rien. En désespoir de cause, j’ai posté un appel à l’aide sur Twitter et sur un groupe de généalogie sur Facebook… toujours rien. Comment faire ?

Je suis revenue sur chaque acte de baptême des enfants, pour tenter de trouver un indice parmi les parrains et marraines, pour la plupart nobles. On y trouve, entre autres, Gabriel Servan D’ESPINAY, seigneur marquis de Vaucouleurs, Servanne FROTET, marquise de Vaucouleurs, Thomas CHERTIER, sieur de Fresche, Guyonne DE LIONNAYE, François GELIN, châtelain de la Ville Morel Québriac le Liscouët, ou encore Servanne DE TREMIGON, marquise douairière d’Espinay. Après quelques recherches sur ce beau monde, je trouve la trace d’une Guyonne DE LYONNAIS ayant épousé à Dinan un certain Pierre GUERIN. Il s’avère que les registres paroissiaux de Dinan n’ont pas encore fait l’objet d’un dépouillement dans la base de données Généarmor, ce qui pourrait expliquer que je ne trouve pas le mariage de Pierre NEHOU et Thomasse GUERIN. Sans conviction, je me tourne donc vers cette piste, cherchant le mariage avant la naissance de leur premier enfant à Yvignac (Gabriel Servan, né le 7 février 1673), donc vers 1671-1672 à Dinan.

Qu’ai-je bien pu trouver ? Suite au prochain épisode 😉

 

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Sur la trace de mes ancêtres bretons

Depuis deux ou trois mois, je me concentre sur ma branche bretonne, pas très éloignée de moi puisqu’il s’agit de l’ascendance de mon grand-père maternel, et qu’une partie de la descendance de ses frères et sœur, mes cousins éloignés, vit toujours dans la région. Les ancêtres de mon grand-père étaient des cultivateurs et des laboureurs, et mon grand-père lui-même travaillait la terre dans ses jeunes années, avant de monter à Paris et d’y devenir ouvrier. Ils se concentrent presqu’exclusivement dans les Côtes d’Armor, et plus précisément à l’Est de ce département, non loin de Dinan. Une petite branche originaire de l’Ille-et-Vilaine s’est également fixée dans les Côtes d’Armor au cours du XVIIIe siècle (j’en parlerai dans un prochain article).

ancêtres bretons
Localisation de mes ancêtres directs bretons – Capture d’écran Geneanet

Mes ancêtres bretons se trouvent majoritairement dans les villages de Vildé-Guingalan, Aucaleuc, Trébédan, Trélivan et La Landec (qui comptaient tous moins de 500 habitants au XVIIIe siècle). La consanguinité y était très forte.

ancêtres bretons - zoom
Zoom sur les lieux de vie de mes ancêtres directs dans les Côtes d’Armor

Faire la généalogie de cette branche a été extrêmement rapide, même si elle est loin d’être finie. Grâce aux dépouillements effectués par le Centre Généalogique des Côtes d’Armor et disponible gratuitement à tous sur la plateforme Généarmor, remonter dans le temps s’est avéré une tâche plutôt aisée. Toutes les communes n’y sont pas dépouillées, mais les relevés de l’Association Parchemin accessibles aux membres Premium sur Geneanet complètent à merveille les manques. Ainsi, aujourd’hui, je connais le nom de tous les ancêtres des 6 générations précédant mon grand-père (9e génération pour moi), et il ne m’en manque que 16 pour la 7e génération. Malgré cette avancée rapide, je suis frustrée, et pour deux raisons. La première est l’absence systématique de la mention de la profession dans les actes paroissiaux que je consulte pour cette branche. Je sais grâce à l’état-civil que mes ancêtres du XIXe siècle étaient des paysans, mais je n’en ai pas de preuve pour les siècles précédents.

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Signature de Mathurin ROUXEL le 2 mai 1697 à Vildé-Guingalan.

D’ailleurs, j’ai trouvé des ancêtres aux très belles signatures dès le début du XVIIIe siècle, preuve qu’il ne s’agissait certainement pas de simples paysans.

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Signature de Michel LABBÉ le 30 novembre 1697 à Vildé-Guingalan.

C’est par exemple le cas de Mathurin ROUXEL (sosa 1586), Michel LABBÉ (sosa 774) ou Périne NEHOU (sosa 823), fille de Pierre NEHOU.

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Signature de Périne NEHOU le 30 mai 1724 à Vildé-Guingalan.

Au milieu du XVIIIe siècle, entre 5 et 10% des femmes de Côtes d’Armor savaient signer. La signature de Périne indique donc qu’elle venait d’une famille dont la position sociale était importante. Dans le rôle de capitation de Vildé-Guingalan de 1718, un Pierre NEHOU est d’ailleurs dit « sieur de Grand Maison, trésorier ». L’un des frères de Périne, René, est également dit « sieur de Grand Maison » cinq ans plus tôt, en 1713. Pierre serait-il leur père ?

[Edit du 08/05/2017 : Le frère de Périne s’appelle en réalité Pierre et non René. Dans le rôle de capitation de 1718 c’est donc le frère de Périne qui est mentionné, et non son père. Leur père Pierre est en revanche dit « noble homme » et « sieur dudit lieu » dans les registres d’Yvignac-la-Tour à la fin du XVIIe siècle].

Autre point de frustration : si je suis remontée aisément jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les actes de mariage ne sont (sauf exception) plus filiatif avant cette date. Grâce à certains recoupements, j’ai parfois réussi à remonter de quelques générations, mais je suis alors confrontée à l’absence des registres. Pour Vildé-Guingalan par exemple, ils ne commencent qu’en 1645. Mes plus lointains ancêtres vildéens connus à ce jour sont Jacquette CHEVALIER (sosa 3291) et Jan LEFORT (sosa 3290), dont les épousailles à Vildé-Guingalan datent du 13 juillet 1646 (et l’acte n’est bien sûr pas filiatif !).

Et vous, avez-vous des ancêtres bretons ?

 

Geneathème – Guillemette Périnne ROUXEL, ma sosa 203

J’ai rédigé cet article dans le cadre du geneathème du mois de mars sur les femmes de notre vie. Les geneathèmes du mois de mars sur le site de Sophie Boudarel.

olivier_rouxel_11_fevrier_1764_aucaleucGuillemette Périnne ROUXEL (sosa 203) est la fille d’Olivier ROUXEL (1736-) et d’Anne GAUTIER, mariés le 16 janvier 1758 à Aucaleuc, petit village des Côtes d’Armor, après une dispense de consanguinité du 4ème degré obtenue le 16 décembre 1757. Elle est baptisée le 11 février 1764 à Aucaleuc, et reçoit Pierre GAUTIER pour parrain, et Guillemette HERISON pour marraine. Je ne sais pas grand chose de Guillemette. Elle est la sœur aînée d’Anne Julienne ROUXEL (1766-), et de Pierre ROUXEL. Elle se marie à l’âge de 25 ans, le 9 février 1790, avec Joseph TOURNOIS, fils de Jan TOURNOIS et d’Anne LEMENAND. Les bans ont été publiés les 31 janvier, 2 et 7 février 1790. Elle tombe enceinte quelques mois plus tard et donne naissance à une petite fille, mon ancêtre, Anne TOURNOIS (sosa 101). Malheureusement Guillemette ne survit pas à ce premier accouchement : elle est inhumée le jour de la naissance de sa fille, le 12 janvier 1791 à Aucaleuc. Elle n’avait que 26 ans. Anne est baptisée le lendemain 13 janvier, et reçoit Pierre ROUXEL comme parrain, Julienne TOURNOIS comme marraine. Je ne sais pas comment s’est passé son enfance, comment son père a réagit en restant seul avec son bébé d’un jour, perdant sa femme moins d’un an après leur mariage. Je pense à cette histoire et cela m’attriste. Guillemette est mon ancêtre directe morte la plus jeune. Elle aura pourtant laissé une fille bien vivante, qui se mariera et engendrera à son tour, un fils, mon arrière-arrière-arrière-grand-père.

En cette journée des droits des femmes, j’ai souhaité lui rendre hommage, et à travers elle, à toutes les femmes mortes trop tôt.