Lancement du projet #46photos !

Je l’avoue, ce projet, je le dois à Chroniques d’antan et d’ailleurs et à son article « L’album de Marie« . Cela faisait un moment que je réfléchissais à la manière d’étudier un album ancien de ma famille, et sa méthodologie m’a inspiré. J’ai donc décidé de me lancer !

Album - vue d'ensemble
Vue d’ensemble de l’album.

L’album en question contient 46 photos, dont on ne peut pas voir le verso (sauf pour 2 d’entre elles) car elles sont collées. Ces photos ne sont pas annotées, ni d’un lieu, ni d’une date, ni d’un nom, et je n’en ai identifié que 10, dont deux sur lesquelles j’ai des hésitations. Il me reste donc beaucoup de mystères à éclaircir ! Sur le modèle de Chroniques d’antan et d’ailleurs, j’ai créé un tableau Excel pour décrire chaque photo, noter ce que j’en sais, ainsi que les déductions que je peux faire. Voici ce que cela donne et que j’étofferai au fur et à mesure :

projet 46photos
Tableau d’identification des 46 photos de l’album.

A partir des 8 photos déjà identifiées, j’ai déduit que cet album avait dû appartenir à Bercine PÉRON, la femme d’Adolphe PRÉVOTEL, dont j’ai déjà longuement parlé. Alix et Georges étaient en effet ses deux enfants, et Lucine LEQUOY sa mère. Par ailleurs, l’album ne contient pas de photos de Bercine ni d’Adolphe, ce qui me pousse à penser qu’ils avaient mis là des photos de leur famille. Récapitulons la famille :

Etienne Désiré PÉRON + Lucine Bercine LEQUOY
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Bercine Lucile LEQUOY + Adolphe François Georges PRÉVOTEL
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Frédéric Etienne Georges et Alix Victorine

En plus de l’étude minutieuse de chacune de ces photos, et leur comparaison avec les autres photos de la famille que je possède (comme la photo de groupe du mariage d’Alix par exemple), le projet #46photos contient un autre angle, indispensable : la reconstitution de la famille proche de Bercine : ses frères et sœurs, oncles et tantes, cousins et cousines. Dans un premier temps je commencerai par tous les frères et soeurs de Bercine, puis les frères et sœurs de ses parents, et les enfants de ceux-ci. Peut-être arriverais-je même à entrer en contact avec leurs descendants et à retrouver d’autres photos !

Photo d'un militaire non identifié
Photo non identifiée d’un militaire.

Je n’ai presque aucun espoir d’identifier les 46 photos de cet album, mais je pense que pour certaines ce sera faisable, comme pour la photo du militaire ci-contre par exemple. Je vous tiendrai informés de l’avancement de ce projet sur Twitter avec le hashtag #46photos et sur ce blog quand j’aurai de la matière.

Merci à tous pour votre lecture et à bientôt !

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Geneathème : la généalogie, côté insolite

Après mon premier geneathème du mois de février sur la généalogie côté techno, voici le second sur la généalogie côté insolite.

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur mes ancêtres PRÉVOTEL originaires de Normandie. Aujourd’hui, je vais vous parler de Pierre PRÉVOSTEL, né le 25 septembre 1713 dans la paroisse de Saint-Gilles d’Evreux (Eure), fils de Pierre PRÉVOSTEL et de Marie BOUTEY, ou BOULTIER. pierre-prevotelIl est baptisé le lendemain et reçoit pour parrain François CHASSEL, et pour marraine Magdeleine CEIPELET, de la paroisse Saint-Germain-les-Evreux. Il épouse, à l’âge de 47 ans, le 13 novembre 1770 dans la paroisse Saint-Léonard de Beaumont-le-Roger (Eure), Marie Marguerite MELON, fille d’Etienne MELON et de Geneviève CAM. marguerite-melonIls ont au moins deux enfants, Pierre, né en 1773 à Beaumont-le-Roger, et Louis Frédéric, mon ancêtre, né en 1790 à Lisieux (Calvados). En 1795, le couple vit dans la Grande Rue de Lisieux. Jusqu’ici, tout semble bien ordinaire. Pierre PRÉVOSTEL a un peu voyagé (environ 30 km entre Evreux et Beaumont-le-Roger et 40 km entre Beaumont-le-Roger et Lisieux) mais ce n’est pas si étonnant que cela. Ce qui l’est plus, c’est que sa femme meurt le même jour que lui. Nous sommes le 17 nivôse an 4 (7 janvier 1796) et Pierre décède à son domicile à l’âge de 72 ans. Il est midi. Le soir même, c’est sa femme Marie Marguerite qui s’éteint à son tour, à seulement 47 ans. Le décès de Pierre est déclaré à l’état-civil par Jean Baptiste LE TELLIER et Jacques Charles Guillaume QUESNEL le jour même 17 nivôse à une heure de l’après-midi, tandis que la déclaration de la mort de sa femme par les mêmes témoins est réalisée le lendemain 18 nivôse à 8h du matin. Une maladie aurait-elle frappé le foyer ? Un accident domestique ? Aucune cause n’est mentionnée dans ces actes.

Mais ce que je trouve vraiment insolite, c’est que c’est la seconde fois que je trouve dans mes ancêtres un couple décédé le même jour : c’est également le cas des parents de Marie Marguerite MELON, décédés le 9 mars 1752 à Vieille, dans l’Eure. Ce double décès est mentionné dans l’acte de mariage de leur petit-fils Louis Frédéric PRÉVOTEL le 25 janvier 1813 à Lisieux, mais je n’ai pas encore réussi à retrouver ces actes. Ainsi, sur deux générations, les époux se suivent dans la tombe. Je ne sais pas si c’était répandu, mais je n’ai rencontré aucun autre cas de ce genre dans ma généalogie, et c’est pourquoi cela m’intrigue. Maintenant il me faut retrouver ces actes de décès, ils m’en apprendront peut-être plus sur les causes de décès des parents de Marie Marguerite.

Avez-vous des cas similaires dans votre généalogie ?

Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 4 : l’Exposition du Palais du Travail de 1902

Souvenez-vous d’Adolphe François Georges PRÉVOTEL et de sa femme Bercine, tous deux commerçants au 128 rue de Tocqueville à Paris entre 1893 et 1904, et qui vendaient notamment des bouteilles de lait. Le 18 décembre 1902, Adolphe reçoit un diplôme de médaille d’or à l’Exposition nationale et internationale du Palais du Travail pour la supériorité de ses produits.

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Diplôme grand format, 64,5 x 49 cm, 1902. Archives familiales.

Sur ce diplôme l’on reconnaît les armoiries de la Ville de Paris aux pieds d’une figure allégorique, ainsi que les symboles de l’industrie (la roue dentée) et de l’agriculture (la gerbe de blé). En fond, l’usine à trois cheminées et les poteaux électriques rappellent que l’on est en pleine période industrielle. Le phare, le bateau, l’ancre, les tonneaux  et les caisses symbolisent quant à eux le transport et le commerce, tout comme le caducée (attribut du dieu Hermès dans la mythologie grecque) représenté sur la colonne sur laquelle s’appuie l’allégorie, cette baguette de laurier ou d’olivier entourée de deux serpents entrelacés et surmontée de deux ailes, avec en plus ici le pétase (chapeau rond) ailé d’Hermès au dessus. Enfin, la couronne à sept pointes sur la tête de l’allégorie pourrait représenter les sept continents et océans, comme celle de la Statue de la Liberté.

J’ai mis beaucoup de temps à identifier le Palais du Travail où avait eu lieu cette exposition, et je suis d’abord partie sur une mauvaise piste. Ma première recherche Google « palais du travail paris » m’a en effet mené sur la trace d’un Palais du Travail au 13 rue de Belleville, dans le 19e arrondissement, qui était en fait un café concert ouvert en 1896 dans l’ancien bal Favié, devenu ensuite le Concert Verner puis le Palais du Cinéma Concert et enfin un cinéma, Le Floréal, démoli en 1968. Une exposition nationale et internationale primant des commerçants n’avait donc aucune raison d’avoir lieu dans un tel endroit et je me suis tournée vers Gallica pour essayer de dénicher un autre Palais du Travail à Paris. C’est ainsi que j’ai découvert un Palais du Travail construit sur la place Dupleix, dans le 15ème arrondissement, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900.

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Paris Musées Collections, Musée Carnavalet, PH35990, Façade sur rue, Palais du Travail, place Dupleix, 15e arrondissement, Paris, 1906.

Le Palais accueillait bien des expositions et c’est donc vraisemblablement là qu’Adolphe a été primé. Ce beau palais, comme beaucoup des constructions des Expositions universelles, ne vécut pas longtemps :

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Gallica, Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 3 janvier 1906, p. 41.

Après ce rapport de 1904 d’Adrien Mithouard, poète et essayiste qui fut plus tard président du conseil municipal de Paris (1914-1918), et le vote de 1905, le Palais du Travail fut démoli en 1906. A son emplacement fut construite à partir de 1924 l’église Saint-Léon.

Bibliographie :
– Du temps des cerises aux feuilles mortes, « Cafés-Concerts et Music-Halls« , consulté en ligne le 2 novembre 2016.
– Gallica, Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 3 janvier 1906, p. 41,
[URL : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6344937d/f9.item]
– Paris Musées Collections, Musée Carnavalet, PH35990, Façade sur rue, Palais du Travail, place Dupleix, 15e arrondissement, Paris, 1906.
– Wikipédia : Adrien Mithouard ; église Saint-Léon.

Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 3 : PRÉVOSTEL, PRÉVOTEL ou PRÉVAUTEL ?

Dans le premier article sur la famille PRÉVOTEL de Lisieux, peut-être avez-vous remarqué que Joseph Frédéric PRÉVOTEL (1813-1868) n’avait pas le même nom de famille que sa sœur Pauline Désirée PRÉVAUTEL (décédée en 1871). Erreur de ma part ? Que nenni ! Dans les actes paroissiaux et d’état-civil, on retrouve en fait trois orthographes du nom PRÉVOTEL, ce dernier étant le plus commun et celui de mes ancêtres directs.

D’après les données de Généanet, ce nom de famille, typiquement européen, est rencontré dans les proportions suivantes :

Nom

Nombre d’individus par siècle

1500

1600

1700

1800

1900

PREVOSTEL

119

1204

1252

121

5

PREVOTEL

4

1065

2106

1223

252

PREVAUTEL

0

25

209

176

153

Au XVIe et XVIIe siècle, le nom PRÉVOSTEL semble ainsi dominer, puis être dépassé au XVIIIe siècle par PRÉVOTEL, qui reste dominant jusqu’à nos jours, tandis que l’orthographe PRÉVAUTEL reste marginale sur toute la période. Ces résultats doivent tout de même être pris avec précaution, les données Généanet étant de moins en moins nombreuses en remontant dans le temps. Quoi qu’il en soit, comme les « hostels » de l’Ancien Régime devenus « hôtels », les PRÉVOSTEL devinrent PRÉVOTEL. Pierre PRÉVOSTEL (1723-1796) était ainsi le grand-père de Joseph Frédéric PRÉVOTEL et de Pauline Désirée PRÉVAUTEL. Mais pourquoi le -o est-il devenu un -au ?

Il semble que deux erreurs des officiers d’état-civil soient à l’origine de ces différences. Pierre PRÉVOSTEL (qui signait d’ailleurs sans le -s) eut plusieurs enfants, dont Pierre PRÉVOSTEL né en 1773, et Louis Frédéric PRÉVAUTEL né en 1780. Les deux frères ne portaient donc déjà plus le même nom. On peut logiquement penser que les descendants de Pierre fils seraient des PRÉVOSTEL, et ceux de Louis Frédéric des PRÉVAUTEL. Pas si simple ! Pour le premier frère, Pierre, c’est le cas, il eut au moins un fils, Adolphe Félix PRÉVOSTEL, né en 1821. Louis Frédéric en revanche, eut bien des enfants PRÉVAUTEL, comme Pauline Désirée ou François Isidor, mais une nouvelle erreur dans l’état-civil modifia le nom d’un de ses fils, Joseph Frédéric PRÉVOTEL, mon ancêtre. C’est ainsi que la famille PRÉVOSTEL donna naissance à deux nouvelles familles, celles des PRÉVOTEL et des PRÉVAUTEL. Pour résumer (toute la descendance n’est pas indiquée) :

orthographe-prevotel

Le prochain article sera dédié à l’une des personnes de cet arbre sommaire, devinez-vous de qui il s’agira ? 🙂

Sources :
– Arch. départ. Calvados, Etat-civil de Lisieux ;
– Arch. Paris, Etat-civil du 8e arrondissement.

Pour citer cet article :
Aliénor Samuel-Hervé, « Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 3 : PRÉVOSTEL, PRÉVOTEL ou PRÉVAUTEL ? », publié sur Le temps s’en mêle le 14 septembre 2016, consulté le [date de consultation], [URL :]

Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 2 : les bouteilles de lait

Vous souvenez-vous d’Adolphe et Bercine PRÉVOTEL, rencontrés dans l’épisode 1 concernant la montée à Paris des PRÉVOTEL de Lisieux ? Entre 1893 et 1904, ils tenaient l’épicerie du 128 rue de Tocqueville, dans le 17e arrondissement de Paris. Ce week-end, je devais faire une superbe découverte dans la cave de la maison familiale : trois bouteilles en verre, qui contenaient probablement du lait de vache, de celles vendues par Adolphe et Bercine dans leur boutique. Nous n’avons pas conservé la troisième bouteille, en mauvais état, mais après un bon nettoyage les deux autres sont presque comme neuves. L’une d’elle n’a pas de bouchon, la seconde un bouchon de liège attaché à une chaîne en fer, et la dernière, jetée, avait une chaîne mais pas de bouchon.

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Photographies personnelles, A. Samuel-Hervé, 13 août 2016.

Le bouchon de liège semble artisanal. Il est composé d’une capsule en métal portant l’inscription « Usines du Rhône » sous laquelle a été cloué du liège.

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La Société chimique des usines du Rhône, créée en 1895, a notamment commercialisé à partir du début du XXe siècle l’aspirine. La capsule métallique aurait pu être façonnée à partir de l’un de ces tubes d’aspirine (voir sur Google Images).

publicité Aspirine Usines du Rhône - Le Monde illustré - 24 juin 1916
Gallica, Le Monde illustré, 24/06/1916.

Quant à la ferme de Gaillon d’où semble provenir le lait vendu par Adolphe et Bercine, il s’agit probablement de la propriété située entre Chaville et Viroflay (aux limites des actuels départements des Yvelines et des Hauts-de-Seine) en vente en 1873.

Vente la Ferme de Gaillon - Le XIXe siècle journal quotidien politique et littéraire - 31 janvier 1873
Gallica, Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire, 31/01/1873.

La ferme est habitée en 1886 par la famille PICHARD et du personnel domestique, ainsi que deux vachers d’origine suisse. Après leur départ viennent y vivre entre 1891 et 1897 Louis Joseph HARANGER (°v. 1863), agriculteur, sa femme Berthe Clotilde HÉRY (°v. 1869), et leurs enfants. En 1891, la ferme abrite de nombreux domestiques, ainsi que deux vachers d’origine italienne, Emmanuel Carlon, 36 ans, et Alfred Astaz, 26 ans. Vient ensuite le temps de probables difficultés financières : les époux HARANGER font une séparation de biens en janvier 1896, et la même année l’on ne compte plus qu’une nourrice et une cuisinière auprès de la famille, sans aucune trace d’autres domestiques ou de vachers. Le sort s’acharne et au mois d’avril 1897, Louis Joseph et Berthe Clotilde perdent trois de leurs enfants, à quelques jours d’intervalles : d’abord Georges Louis, 4 ans, qui succombe le 9 avril, puis René Paul Robert, six mois, le 11 avril, et Yvonne Isabelle, un an et demi, le 19 avril.

Adolphe et Bercine PRÉVOTEL étaient-ils bien approvisionnés auprès de la famille HARANGER, la connaissaient-ils ? S’il s’agit bien de cette ferme, quelques cartes postales sont publiées ici.

Sources :

– Archives familiales ;
– Arch. départ. Yvelines, État-civil de Viroflay ;
– Arch. départ. Yvelines, Recensements de Viroflay, 1886, 1891 et 1896 ;
– Gallica, Le Monde illustré, 24 juin 1916, [Lien] ;
– Gallica, Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire, 31 janvier 1873, [Lien] ;
– Gallica, Archives commerciales de la France…, 15 février 1896, [Lien] ;
– Gallica, La Presse, 24 février 1897, [Lien].

Pour citer cet article :
Aliénor Samuel-Hervé, « Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 2 : les bouteilles de lait » publié sur Le temps s’en mêle le 17 août 2016, consulté le [date de consultation], [URL : ]

Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 1 : la montée à Paris

Je commence ici une série d’articles qui concernera une des branches ascendantes de ma grand-mère maternelle, celle des PRÉVOTEL de Lisieux. Le dernier PRÉVOTEL de ma famille ascendante né à Lisieux est Adolphe François Georges PRÉVOTEL, mon arrière-arrière-arrière-grand-père. Fils de Joseph Frédéric PRÉVOTEL (1813-1868), cordonnier puis maçon, et de Marie Gustine POLLIN (1815-1884), il y naît le 29 mars 1852 au domicile de ses parents, 74 rue Petite-Couture. Au moment de son mariage en 1837, Marie Gustine était couturière, bien qu’ayant arrêté de travailler ensuite, et d’autres couturiers vivaient dans la rue Petite-Couture. Logique me direz-vous ? Et bien pas tant que cela. A Lisieux, outre la rue Petite-Couture, on trouve également les rues Grande-Couture et Couture-du-Milieu. D’après Adrien Jean-Louis Dingremont, érudit du XIXe siècle, ces appellations dériveraient du latin cultura, et désigneraient les derniers endroits cultivés de la ville, sans rapport donc avec les couturiers qui pouvaient y vivre :
« Les noms de ces trois endroits viennent du latin cultura, que l’on traduisait par coulture. Ce furent les derniers endroits cultivés dans l’intérieur de la ville, probablement avant la construction des maisons. Jadis, à l’extrémité ouest de la rue Petite-Couture, existait une tour, et une muraille qui fermait cette rue de ce côté, et qui furent démolis en 1783. Avant 1750, il y avait eu une ouverture dans cette muraille, pour accéder à des jardins que l’on nommait le Pré de la Barre, appartenant au gouverneur de la Ville. Vers 1750, le fermier des Aides, avec la permission de M. de Brancas, gouverneur, fit fermer cette issue, à condition que le loyer des portes dû audit gouverneur, et qui était de 300 livres, serait porté à 420 livres, eu égard aux pertes qu’il éprouverait dans le loyer des jardins.« 

Adolphe avait des frères et sœurs, dont plusieurs décèdent avant sa naissance : Esther Joséphine (1844-1846), Henri Constant Jules (°1845), Adolphe Paul (1847-1851), Désiré Léon (1850-1851)… En 1856, la famille ne vit plus rue Petite-Couture, est-elle déjà montée à Paris ? J’ai longtemps cru qu’Adolphe avait quitté seul son foyer pour partir vivre dans la capitale, mais c’est en fait une grande partie de la famille qui quitte la Normandie. Ainsi, le père d’Adolphe, Joseph Frédéric, décède à Paris à son domicile du 6 Impasse Dany, dans le 8e arrondissement, le 4 octobre 1868 à 5h du soir. Après avoir quitté Lisieux où il était cordonnier depuis au moins 1837 (année de son mariage), il était devenu maçon dans la capitale. A la même époque, l’un de ses fils et frère d’Adolphe, Alexandre Pierre PRÉVOTEL, cocher, vit au 10 rue Thérèse, dans le 1er arrondissement de Paris. Trois ans plus tard, le 15 octobre 1871, c’est Pauline Désiré PRÉVAUTEL, la sœur de Joseph Frédéric (la tante d’Adolphe), qui décède à son domicile parisien du 99 Boulevard Malesherbes, dans le 8e arrondissement.

Pourquoi les PRÉVOTEL quittent-ils leur Normandie natale ? Je l’ignore encore, mais revenons à Adolphe. D’après l’histoire familiale parvenue jusqu’à ma grand-mère, il aurait mangé du rat pendant le siège de la ville par l’armée prusienne en 1870-1871. Je cherchais à prouver qu’il était bien à Paris à cette époque, et cela semble en effet très probable. L’hivers 1870 est rude, les prix flambent et l’on se met à manger du rat. On retrouve Adolphe serrurier en voitures dès 1872, époque à laquelle il habite avec sa mère, veuve, dans le 8e arrondissement, au 22 rue Boissy d’Anglas. C’est dans cette même rue, au numéro 29, qu’elle décède le 16 juin 1884 à 6h du soir. Son acte de décès nous apprend d’ailleurs qu’elle était alors marchande de jouets.
1872 c’est aussi l’année des vingt ans d’Adolphe, et il est recensé puis recruté dans l’armée. Il fait 1m 62 ou 63, ses cheveux sont bruns, ses yeux châtains, et il est décrit comme ayant un front haut, un nez relevé, un visage ovale et un menton à fossette. Adolphe rencontre probablement sa future épouse en 1873. Il aurait fait des travaux agricoles pour subvenir à ses besoins, et se serait retrouvé à la saison des betteraves dans la petite bourgade de Corbeilles, dans le Loiret. Bercine Lucile PÉRON y était née en 1855 et sa famille vivait là, mais elle fut aussi lingère à Paris. Quand et où Adolphe et Bercine se sont-ils rencontré, à Paris ou dans le Loiret ? En tout cas, en 1874, elle est domiciliée à Corbeilles, tandis qu’Adolphe est toujours serrurier et domicilié à Paris. Il part pour le 5e Régiment d’Infanterie de ligne le 30 juin 1874, puis envoyé dans la disponibilité le 31 décembre de la même année. Bercine atteint la majorité et ils se marient le 5 octobre 1875 à Corbeilles. Ils ont deux enfants, puis la famille s’installe à Paris. Du 8e Adolphe passe au 17e arrondissement : après avoir vécu au 27 rue Saint Ferdinand (1884) puis au 76 rue de Lévis, il s’installe le 24 avril 1893 au 128 rue de Tocqueville, où il tient une épicerie avec Bercine.

rue de Tocqueville - Paris 1903 - Adolphe Prévotel et son épouse Bercine Péron 2
L’épicerie Prévotel du 128 rue de Tocqueville, 17ème arrondissement de Paris. Photographie du 17 septembre 1903. A droite les époux Prévotel, à gauche leur commis. Archives familiales.

Le bâtiment est neuf, propriété de M. Leturgeon qui avait obtenu plusieurs permis de construire sur son terrain entre 1888 et 1891. L’immeuble faisait un peu plus de 13 mètres de largeur (la boutique Prévotel devait en faire 7 ou 8), et s’étendait sur cinq étages, et même six avec les combles aménagés. Quant à la façade, elle était en briques apparentes, comme on peut l’apercevoir sur la photographie. Aujourd’hui la boutique a disparu mais son emplacement est encore bien identifiable. On peut remarquer que les grilles en fer forgé aux fenêtres du premier étage sont les mêmes qu’il y a plus de 110 ans. Combien de propriétaires ont-elles vu défiler ? Combien de passants ont posé leurs yeux sur ces éléments classiques du décor immobilier ?

Adolphe et Bercine vivent et travaillent au 128 rue de Tocqueville jusqu’en 1904, vendant des fruits et légumes, du lait, du vin, et toutes sortes de denrées alimentaires. Ils envisagent de vendre le fonds de leur commerce dès 1903, et de nombreux acquéreurs potentiels viennent visiter la boutique. Le bail de leur commerce s’achève le 15 octobre 1904 et ils quittent définitivement la capitale pour s’établir à Corbeilles les 14-15 avril 1905.

J’ai semé un indice pour le prochain épisode de cette série, saurez-vous le trouver ? 😉

Sources :
– Archives familiales ;
– Arch. départ. Calvados, Etat-civil de Lisieux ; Recensements de Lisieux, 1856 ;
– Arch. départ. Loiret, Etat-civil de Corbeilles ;
– Arch. Paris, Etat-civil, 8e arrondissement ;
– Arch. Paris, classe 1872 : Recensement militaire, table alphabétique (2Mi21 2) ; Recensement militaire, listes de tirage au sort du 8e arrondissement (D1R1 380) ; Recrutement militaire, registre matricule du 8e arrondissement (D4R1 134) ;
– Arch. Paris, Dossier de voirie et/ou permis de construire, Rue de Tocqueville du n°121 à la fin (VO11 3620).

Bibliographie :
DINGREMONT Adrien Jean-Louis, Origine des noms de quelques rues de Lisieux, et particularités sur quelques-unes ; Notices sur les armoiries et sur les anciens usages de cette ville, Lisieux, Pigeon, 1854, 47 p., consulté en ligne sur le site de la bibliothèque municipale de Lisieux le 3 août 2016, [URL : http://www.bmlisieux.com/normandie/ruesdelx.htm]

Pour citer cet article :
Aliénor Samuel-Hervé, « Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 1 : la montée à Paris » publié sur Le temps s’en mêle le 3 août 2016, consulté le [date de consultation], [URL : https://letempssenmele.wordpress.com/2016/08/03/les-prevotel-de-lisieux-episode-1-la-montee-a-paris]