Les LEQUOY de Corbeilles – Épisode 3 : RDV Ancestral avec Jean-Pierre LEQUOY

Le rendez-vous ancestral (#RDVAncestral) est un rendez-vous mensuel initié par le généalogiste professionnel Guillaume Chaix. Il a lieu tous les troisièmes samedis du mois et consiste en l’écriture d’une rencontre avec l’un de nos ancêtres.

Pour ma première participation, j’ai choisi de rencontrer Jean-Pierre LEQUOY (1745-1816), procureur au bailliage de Corbeilles, un petit village du Gâtinais, dans l’actuel Loiret, mon ancêtre à la dixième génération. Jean-Pierre est baptisé le 24 mars 1745 à Montargis et reçoit comme parrain maître Pierre LEQUOY, lieutenant à Corbeilles, et Hélène DELAPORTE comme marraine. Il est le fils aîné de Jean-Pierre LEQUOY, marchand puis lieutenant au bailliage de Corbeilles, et de Jeanne COLIN. Ses parents auront cinq autres enfants, deux garçons et trois filles, puis son père devenu veuf se remariera avec Jeanne GESU en 1786. Pourquoi naît-il à Montargis alors que sa famille vit à Corbeilles, petit village de 750 habitants ? J’aurais beaucoup de questions à poser à Jean-Pierre, mais oserais-je seulement l’aborder ? Il est procureur au bailliage de Corbeilles et vient d’une famille de notables originaire de Senlis. Je l’imagine très sûr de lui, péremptoire, mais peut-être que je me trompe. Corbeilles est un village florissant à son époque, une seigneurie et un bailliage avec une foire très prisée des environs. Jean-Pierre voit les agrandissements du château commandés par la famille GUÉRIN qui détient la seigneurie de Corbeilles pour peu de temps encore. Cette dernière passe bientôt aux mains de François-Gabriel DE TARADE, qui commande à son tour de nombreux travaux.

Jean-Pierre se marie le 23 mai 1777 à Pannes, un petit village non loin de là, avec Anne Marie Emerence QUEYREL, fille de François QUEYREL, chirurgien major des armées du roi. Ils ont quatre enfants, trois filles et un garçon, Jean-Pierre Frédéric, né quelques mois avant la Révolution. La Révolution justement, l’on-t-il bien vécue ? Je ne pensais pas que des notables dans la position des LEQUOY avaient pu jouer un rôle dans la contestation nobiliaire de l’époque, et pourtant… Paul Gache, un érudit du XXe siècle, écrit :

Mort avant la Révolution, François-Gabriel de Tarade en voit l’annonce locale. Le 10 septembre 1781, il fixe la date du ban des vendanges que le sergent Prudhom annonce en battant la caisse dans les rues et en affichant la décision au poteau de la halle. Jean-Pierre Lequoy, pourtant procureur au bailliage, s’en vient déchirer l’affiche sans façon et la remplacer par une autre de son cru, indiquant une autre date en des termes désobligeants pour le comte. Ce dernier intente bien une poursuite contre l’officier, normalement représentant de l’ordre, mais la connivence entre officiers n’y donne aucune suite. C’est le début de la révolte des notables dont le porte-parole à la Révolution sera Antoine-Charles Salmon, marié à la soeur de Lequoy.

Si je pouvais rencontrer Jean-Pierre LEQUOY, ce serait mes premières questions : que t’est-il passé par la tête pour agir de la sorte ? Y avait-il de gros différends entre toi et François-Gabriel de Tarade ? Était-il un mauvais seigneur ? Et si tu as osé faire cela, pourquoi est-ce ton beau-frère qui prend la suite de la révolte et non toi ? Antoine-Charles Etienne SALMON s’était marié en 1779 avec la sœur de Jean-Pierre, Jeanne Antoinette LEQUOY. En tout cas Jean-Pierre et Antoine-Charles Etienne semblent faire la paire et ils obtiennent la promotion de Corbeilles en chef-lieu de canton dans le district de Boiscommun en 1791. Jean-Pierre décède en 1816 à l’âge de 71 ans, et ne verra pas son neveu Charles Louis SALMON, devenir maire de Corbeilles en 1827-1834, et faire fortune comme banquier, puis faillite.

Quant à la famille de Tarade, François-Gabriel mourut en 1787 et son neveu Louis-Nicolas hérita du château de Corbeilles, où il vécut avec sa femme Marie-Philippine COUSINET et leurs enfants. Arrêtés le 2 avril 1793, ils furent relâchés le 25 novembre suivant et regagnèrent leur demeure. Louis-Nicolas fut ensuite maire de Corbeilles en 1807-1811.

Bibliographie :
– Paul Gache, « Corbeilles-en-Gâtinais », consulté en ligne sur le site de la mairie de Corbeilles le 18 novembre 2016, [URL : http://www.corbeillesengatinais.fr/le-village/un-peu-dhistoire-de-corbeilles-en-gatinais/51-corbeilles-en-gatinais-par-paul-gache]
– Gisèle Ollivier, « Généalogies des familles COUSINET originaires de Meaux établies à Paris dès le XVIème siècle », mai 2003, consulté en ligne le 18 novembre 2016, [URL : http://www.famillesparisiennes.org/public/ollivier/cousinet.pdf]

Les LEQUOY de Corbeilles – Épisode 2 : une bouteille à la mer

Souvenez-vous de Pierre LE QUOY, né en 1687 à Senlis, et fraîchement débarqué au début du siècle suivant dans la bourgade de Corbeilles, dans le Loiret. Le 23 mai 1777, dans le village de Pannes, toujours dans le Loiret, Jean-Pierre LEQUOY, procureur au bailliage de Corbeilles, le petit-fils de Pierre, épouse Anne Marie Emerence QUEYREL, fille de François QUEYREL, chirurgien major des armées du roi, et de Marie Marguerite ORENGO (Arch. départ. Loiret, 3 NUM 247/11, vue 337/381) :

L’an mil sept cens soixante dix sept, le vingt trois may, après la publication de trois bans de mariage dans l’église de Corbeilles et d’un dans l’église de St Paterne diocèse du Mans, sans opposition ni empêchement, vu la dispense de deux bans de Monseigneur l’évêque du Mans en datte du sept de ce mois, signé […] vicaire général, Rolland secrétaire, vu […] d’une procuration des parties contractantes, en bonne et due forme ainsi que d’autres papiers, les fiançailles célébrées hier, ont esté mariés et ont reçus de nous prêtre curé soussigné, la bénédiction nuptiale du consentement de Monsieur le vicaire de Corbeilles, en datte du treize susdit mois, signé Thevin ; Jean-Pierre Lequoy, procureur au bailliage de Corbeilles, fils majeur de Jean-Pierre Lequoy, lieutenant audit bailliage, et de Jeanne Colin d’une part, et Anne-Marie Emerence Queyrel, fille majeure de François Queyrel, chirurgien major des armées du roy, et de Marie Margerite Orengo de fait, même paroisse de Corbeilles, mais de droit de St Paterne diocèse du Mans, ont assistés pour le moins du cotté de l’époux Me François Marc Prochasson, greffier même bailliage de Corbeilles, et Me Jaques Bellaufant, notaire royal du distric de Pannes ; du cotté de l’épouse, Guillaume Buchet, maître en chirurgie, Laurent Joumat, laboureur, tous deux aussi de Corbeilles, et autres parens et amis et lecture à eux faite du present acte ont tous signés avec nous.
LEQUOY     QUEYREL     BELLAUFANT
BUCHET     PROCHASSON     L JOUMAT

Anne-Marie Emerence était probablement originaire de Saint-Paterne, puisque les bans y sont publiés en même temps qu’à Corbeilles et qu’elle est dite « de droit de St Paterne ». Le cœur battant, j’examine les registres paroissiaux de Saint-Paterne (Arch. départ. Sarthe), mais aucune trace du ban publié, pas plus que d’acte de baptême au nom de QUEYREL. Quant à ses parents, d’où viennent-ils et où meurent-ils ? Ils ne sont en tout cas ni originaires du Loiret, ni de la Sarthe, puisque l’on retrouve leur trace à Villefranche-sur-Mer, dans les actuelles Alpes-Maritimes, une trentaine d’années avant le mariage de leur fille. C’est là qu’ils s’unissent le 11 mai 1746.

François QUEYREL x (11/05/1746) Marie Marguerite ORENGO
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Anne Marie Emerence QUEYREL x (23/05/1777) Jean-Pierre LEQUOY

L’acte de mariage est en latin, et j’ai obtenu l’aide de Jean Louis Martin pour le transcrire après avoir posté ma demande sur le forum de Généanet (topic ici). Voici ce qu’il a pu m’indiquer :

Le 11 mai 1746 bla-bla-bla ont étés unis en mariage bla-bla-bla par le Rd prêtre Pierre Antoine ORINGHO, du couvent de l’Ordre des (Frères) Mineurs délégué (par le prieur de ……) devant le Rd Père Raimond Marie de M………… de l’Ordre ………….. de la ville de Nice et le très Illustre Me Antoine CAVALIER de M…. en Espagne, duc de …………. espagnol(e) ……… les témoins requis. Marque X d’Antoine
[En marge]
Me François? QUEYREL, (fils) de feu Me Jean Baptiste de la ville de Bruges (Bruges-33?, Bruges dans les Pyrénées?, Bruges en Belgique?), diocèse de …………..? (*), chirurgien dans l’hôpital royal (si « reggis pour « regis ») S. (abrégé de Sancti?) Mai………is? catholic… (désinence mal lisible) in di……. …… huius loci ……… (= dans …….. …….. de ce lieu ……..).
et Dame Marie Marguerite ORINGHA fille de Me Michel de cette paroisse
(*) Ressemble à Périgueux , mais on aurait eu « Petragorensis », ce qui ne ressemble pas au mot qui suit « dioecesis ».

Si quelqu’un réussit à combler les trous, je suis preneuse ! Pour trouver l’acte, suivez ce lien et consultez la vue 104, en bas de la page gauche.
En attendant, on apprend que François QUEYREL est le fils de Jean Baptiste QUEYREL, et que Marie Marguerite ORENGO est la fille de Michel ORENGO. Marie Marguerite serait originaire de Villefranche-sur-Mer, où l’on retrouve en effet de nombreux membres de cette famille, mais je n’ai pas encore retrouvé son acte de baptême. Quant à François, le doute plane encore sur sa ville d’origine. Remonter cette branche s’annonce difficile !

Une piste, un indice ? Laissez-moi un commentaire 😉

Les LEQUOY de Corbeilles – Épisode 1 : l’arrivée dans le Loiret

Vous vous souvenez de Bercine Lucile PÉRON, la femme d’Adolphe PRÉVOTEL, dont nous avons parlé dans Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 1 : la montée à Paris ? Fille d’Étienne Désiré PÉRON et de Lucine Bercine LEQUOY, elle était née le 19 janvier 1855 à Corbeilles, dans le Loiret. Une branche de la famille LEQUOY, originaire de Senlis au moins depuis la fin du XVe siècle, s’était installée dans la bourgade de Corbeilles au début du XVIIIe siècle, en la personne de Pierre LE QUOY, notaire royal, l’ancêtre à la 7e génération de Bercine, 12e génération pour moi.

Pierre LE QUOY (1687-1762)
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Jean Pierre LEQUOY (°1721)
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Jean Pierre LEQUOY (°1745)
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Jean Pierre Frédéric LEQUOY (°1789)
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Hector François Frédéric LEQUOY (°1810)
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Lucine Bercine LEQUOY (°1836)
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Bercine Lucile PÉRON (°1855)
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Mon arrière-arrière-grand-père
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Mon arrière-grand-mère
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Ma grand-mère
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Ma mère
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Moi

Pierre était le fils de Jacques LE QUOY, procureur au présidial de Senlis, et de Catherine Susanne MÉTHELET, nés et domiciliés à Senlis, comme la plupart de leurs enfants. La ville comptait plusieurs paroisses (Saint-Aignan, Sainte-Geneviève, Saint-Hilaire, Saint-Pierre…) ce qui ne facilite pas les recherches généalogiques, mais Pierre naît dans la paroisse de Notre-Dame le 3 octobre 1687. La famille était très nombreuse et Pierre avait au moins dix frères et soeurs : Noël Jean-Baptiste (°1685), Catherine (°1688), Françoise (°1690), Louise (°1691), Marie Louise (°1692), Madeleine Susanne (°1693), Marie Thérèse (°1694), Françoise (°1695), Charles François (°1696) et Suzanne (1700-1700). La famille est implantée de longue date dans la ville, avec des marchands bourgeois, officiers royaux et hommes de lois dans les différentes instances, pourtant Pierre quitte la région et se marie dans la bourgade de Corbeilles le 28 septembre 1717, quelques jours avant ses trente ans :

Arch. départ. Loiret, 3 NUM 103/6, vue 208/227, 28 septembre 1717 à Corbeilles.

L’an de grâce mil sept cens dix sept, le vingt huitiesme de septembre, après les trois annonces de mariage faites et publiées à l’ordinaire, les fiançailles célébrées la veille sans aucune oposition, vu le certificat des bans et la permission de marier du sieur curé prieur de Notre-Dame de Chateau-Landon, ensemble l’atestation et le tesmoignage de connaissance du sieur maître Lequoi père, de la ville de Senlis, signez des sieurs Froiche et Boys, marchans bourgeois de la ville de Nemours, suivant la decision de Mr […] vicaire général de l’archevêché de Sens le siège vacant, nous avons reçu au sacrement de mariage Pierre, fils majeur de maître Jaques Lequoy, procureur au Présidial de Senlis, présent en personne, et de damoiselle Catherine Susanne Méthelet, ses père et mère d’une part ; A Louise Perthuis, fille de maître Louis Perthuis, procureur fiscal et notaire à Corbeilles, et de Françoise Piget, aussi ses père et mère de cete parroisse d’autre part ; En présence desdits sieurs Lequoi père, Charles François Lequoi frère, Perthuis père et fils, Cotele gendre, Toussaints et Jean Piget, oncles de ladite épouse, de maître Loyer, procureur, de Monsieur Guérin, seigneur de cete parroisse, qui ont tous signé.

J’ignore comment de Senlis Pierre s’est retrouvé dans le Loiret. Il fait un mariage qui semble cohérent à sa condition sociale, mais Corbeilles est tout de même un tout petit bourg (740 habitants en 1738 selon Paul Gache), sans commune mesure avec sa ville natale. Est-ce son travail qui l’a amené là ? L’acte n’évoque pas sa profession, mais il est procureur fiscal et notaire royal à Corbeilles lors de la naissance de son fils Jean Pierre le 6 août 1721, tout comme son beau-père. A-t-il repris l’office de ce dernier ?

Arch. départ. Loiret, 3 NUM 103/7, vue 15/239, 6 août 1721 à Corbeilles.

L’an 1721 le 6e d’aoust nous avons batisé Jean Pierre fils de maître Pierre Le Quoy, procureur fiscal et notaire royal à Corbeilles, et de Louise Perthuis, le parin Jean Cotel, Elisabeth Perthuys marreine.
J COTELLE    E PERTHUIS    BACHERAU

Quoi qu’il en soit, Pierre eut une famille nombreuse, une dizaine d’enfants, dont au moins trois eurent de la descendance : Jean Pierre LEQUOY, dont je descends, époux de Jeanne COLIN puis de Jeanne GESU ; Georges LEQUOY, époux de Françoise Clotilde NOGUET ; et Félix Philippe Rieul LEQUOY, époux d’Anne Élisabeth SAUVAIGNAT.
Quant aux LEQUOY de Senlis, la branche continua à prospérer. Le frère de Pierre, Noël Jean-Baptiste, devint avocat, élu en l’élection de Senlis, et même échevin de la ville en 1751-1752.

Sources :
– Arch. départ. Oise, Registres paroissiaux de Lisieux ;
– Arch. départ. Loiret, Registres paroissiaux de Corbeilles ;
– « Tableau chronologique des échevins de Senlis depuis l’établissement de la commune » (Afforty, tome XII), Comité archéologique de Senlis, Comptes-rendus et mémoires, 2e série, t. 5, 1879, p. 83-172, consulté sur Gallica le 9 août 2016, [URL : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k486449d/f153.image]
– GACHE Paul, Corbeilles-en-Gâtinais, consulté en ligne le 9 août 2016, [URL : http://www.corbeillesengatinais.fr/fichiers/files/paul%20gache.pdf]

Pour citer cet article :
Aliénor Samuel-Hervé, « Les LEQUOY de Corbeilles – Épisode 1 : l’arrivée dans le Loiret » publié sur Le temps s’en mêle le 10 août 2016, consulté le [date de consultation], [URL : https://letempssenmele.wordpress.com/2016/08/10/les-lequoy-de-corbeilles-episode-1-larrivee-dans-le-loiret]