Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 1 : la montée à Paris

Je commence ici une série d’articles qui concernera une des branches ascendantes de ma grand-mère maternelle, celle des PRÉVOTEL de Lisieux. Le dernier PRÉVOTEL de ma famille ascendante né à Lisieux est Adolphe François Georges PRÉVOTEL, mon arrière-arrière-arrière-grand-père. Fils de Joseph Frédéric PRÉVOTEL (1813-1868), cordonnier puis maçon, et de Marie Gustine POLLIN (1815-1884), il y naît le 29 mars 1852 au domicile de ses parents, 74 rue Petite-Couture. Au moment de son mariage en 1837, Marie Gustine était couturière, bien qu’ayant arrêté de travailler ensuite, et d’autres couturiers vivaient dans la rue Petite-Couture. Logique me direz-vous ? Et bien pas tant que cela. A Lisieux, outre la rue Petite-Couture, on trouve également les rues Grande-Couture et Couture-du-Milieu. D’après Adrien Jean-Louis Dingremont, érudit du XIXe siècle, ces appellations dériveraient du latin cultura, et désigneraient les derniers endroits cultivés de la ville, sans rapport donc avec les couturiers qui pouvaient y vivre :
« Les noms de ces trois endroits viennent du latin cultura, que l’on traduisait par coulture. Ce furent les derniers endroits cultivés dans l’intérieur de la ville, probablement avant la construction des maisons. Jadis, à l’extrémité ouest de la rue Petite-Couture, existait une tour, et une muraille qui fermait cette rue de ce côté, et qui furent démolis en 1783. Avant 1750, il y avait eu une ouverture dans cette muraille, pour accéder à des jardins que l’on nommait le Pré de la Barre, appartenant au gouverneur de la Ville. Vers 1750, le fermier des Aides, avec la permission de M. de Brancas, gouverneur, fit fermer cette issue, à condition que le loyer des portes dû audit gouverneur, et qui était de 300 livres, serait porté à 420 livres, eu égard aux pertes qu’il éprouverait dans le loyer des jardins.« 

Adolphe avait des frères et sœurs, dont plusieurs décèdent avant sa naissance : Esther Joséphine (1844-1846), Henri Constant Jules (°1845), Adolphe Paul (1847-1851), Désiré Léon (1850-1851)… En 1856, la famille ne vit plus rue Petite-Couture, est-elle déjà montée à Paris ? J’ai longtemps cru qu’Adolphe avait quitté seul son foyer pour partir vivre dans la capitale, mais c’est en fait une grande partie de la famille qui quitte la Normandie. Ainsi, le père d’Adolphe, Joseph Frédéric, décède à Paris à son domicile du 6 Impasse Dany, dans le 8e arrondissement, le 4 octobre 1868 à 5h du soir. Après avoir quitté Lisieux où il était cordonnier depuis au moins 1837 (année de son mariage), il était devenu maçon dans la capitale. A la même époque, l’un de ses fils et frère d’Adolphe, Alexandre Pierre PRÉVOTEL, cocher, vit au 10 rue Thérèse, dans le 1er arrondissement de Paris. Trois ans plus tard, le 15 octobre 1871, c’est Pauline Désiré PRÉVAUTEL, la sœur de Joseph Frédéric (la tante d’Adolphe), qui décède à son domicile parisien du 99 Boulevard Malesherbes, dans le 8e arrondissement.

Pourquoi les PRÉVOTEL quittent-ils leur Normandie natale ? Je l’ignore encore, mais revenons à Adolphe. D’après l’histoire familiale parvenue jusqu’à ma grand-mère, il aurait mangé du rat pendant le siège de la ville par l’armée prusienne en 1870-1871. Je cherchais à prouver qu’il était bien à Paris à cette époque, et cela semble en effet très probable. L’hivers 1870 est rude, les prix flambent et l’on se met à manger du rat. On retrouve Adolphe serrurier en voitures dès 1872, époque à laquelle il habite avec sa mère, veuve, dans le 8e arrondissement, au 22 rue Boissy d’Anglas. C’est dans cette même rue, au numéro 29, qu’elle décède le 16 juin 1884 à 6h du soir. Son acte de décès nous apprend d’ailleurs qu’elle était alors marchande de jouets.
1872 c’est aussi l’année des vingt ans d’Adolphe, et il est recensé puis recruté dans l’armée. Il fait 1m 62 ou 63, ses cheveux sont bruns, ses yeux châtains, et il est décrit comme ayant un front haut, un nez relevé, un visage ovale et un menton à fossette. Adolphe rencontre probablement sa future épouse en 1873. Il aurait fait des travaux agricoles pour subvenir à ses besoins, et se serait retrouvé à la saison des betteraves dans la petite bourgade de Corbeilles, dans le Loiret. Bercine Lucile PÉRON y était née en 1855 et sa famille vivait là, mais elle fut aussi lingère à Paris. Quand et où Adolphe et Bercine se sont-ils rencontré, à Paris ou dans le Loiret ? En tout cas, en 1874, elle est domiciliée à Corbeilles, tandis qu’Adolphe est toujours serrurier et domicilié à Paris. Il part pour le 5e Régiment d’Infanterie de ligne le 30 juin 1874, puis envoyé dans la disponibilité le 31 décembre de la même année. Bercine atteint la majorité et ils se marient le 5 octobre 1875 à Corbeilles. Ils ont deux enfants, puis la famille s’installe à Paris. Du 8e Adolphe passe au 17e arrondissement : après avoir vécu au 27 rue Saint Ferdinand (1884) puis au 76 rue de Lévis, il s’installe le 24 avril 1893 au 128 rue de Tocqueville, où il tient une épicerie avec Bercine.

rue de Tocqueville - Paris 1903 - Adolphe Prévotel et son épouse Bercine Péron 2
L’épicerie Prévotel du 128 rue de Tocqueville, 17ème arrondissement de Paris. Photographie du 17 septembre 1903. A droite les époux Prévotel, à gauche leur commis. Archives familiales.

Le bâtiment est neuf, propriété de M. Leturgeon qui avait obtenu plusieurs permis de construire sur son terrain entre 1888 et 1891. L’immeuble faisait un peu plus de 13 mètres de largeur (la boutique Prévotel devait en faire 7 ou 8), et s’étendait sur cinq étages, et même six avec les combles aménagés. Quant à la façade, elle était en briques apparentes, comme on peut l’apercevoir sur la photographie. Aujourd’hui la boutique a disparu mais son emplacement est encore bien identifiable. On peut remarquer que les grilles en fer forgé aux fenêtres du premier étage sont les mêmes qu’il y a plus de 110 ans. Combien de propriétaires ont-elles vu défiler ? Combien de passants ont posé leurs yeux sur ces éléments classiques du décor immobilier ?

Adolphe et Bercine vivent et travaillent au 128 rue de Tocqueville jusqu’en 1904, vendant des fruits et légumes, du lait, du vin, et toutes sortes de denrées alimentaires. Ils envisagent de vendre le fonds de leur commerce dès 1903, et de nombreux acquéreurs potentiels viennent visiter la boutique. Le bail de leur commerce s’achève le 15 octobre 1904 et ils quittent définitivement la capitale pour s’établir à Corbeilles les 14-15 avril 1905.

J’ai semé un indice pour le prochain épisode de cette série, saurez-vous le trouver ? 😉

Sources :
– Archives familiales ;
– Arch. départ. Calvados, Etat-civil de Lisieux ; Recensements de Lisieux, 1856 ;
– Arch. départ. Loiret, Etat-civil de Corbeilles ;
– Arch. Paris, Etat-civil, 8e arrondissement ;
– Arch. Paris, classe 1872 : Recensement militaire, table alphabétique (2Mi21 2) ; Recensement militaire, listes de tirage au sort du 8e arrondissement (D1R1 380) ; Recrutement militaire, registre matricule du 8e arrondissement (D4R1 134) ;
– Arch. Paris, Dossier de voirie et/ou permis de construire, Rue de Tocqueville du n°121 à la fin (VO11 3620).

Bibliographie :
DINGREMONT Adrien Jean-Louis, Origine des noms de quelques rues de Lisieux, et particularités sur quelques-unes ; Notices sur les armoiries et sur les anciens usages de cette ville, Lisieux, Pigeon, 1854, 47 p., consulté en ligne sur le site de la bibliothèque municipale de Lisieux le 3 août 2016, [URL : http://www.bmlisieux.com/normandie/ruesdelx.htm]

Pour citer cet article :
Aliénor Samuel-Hervé, « Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 1 : la montée à Paris » publié sur Le temps s’en mêle le 3 août 2016, consulté le [date de consultation], [URL : https://letempssenmele.wordpress.com/2016/08/03/les-prevotel-de-lisieux-episode-1-la-montee-a-paris]

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2 réflexions sur “Les PRÉVOTEL de Lisieux – Épisode 1 : la montée à Paris

  1. Très intéressant et pour ton interrogation sur pourquoi ont-il quitté leur Normandie natale, c’est l’époque où tout le monde monte (dans le cas de ta famille descend !) à Paris car on meurt de faim dans les campagnes. Je retrouve dans mon ascendance beaucoup de gens qui migrent vers Paris ou Lyon à cette période, on est de plus en pleine industrialisation et Paris est sans doute le symbole de tous les possibles.
    L’anecdote sur le siège de Paris en 1870 et le fait qu’on mangeait du rat est très parlante aussi. C’est malheureusement vrai ! La comparaison entre avant et maintenant grâce à Street View est quelque chose que je pratique régulièrement aussi. Ca change parfois beaucoup !
    Hâte de lire la suite.

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    1. Aliénor Samuel-Hervé

      Merci Guillaume pour ton commentaire. C’est vrai que géographiquement parlant c’est plutôt une descente qu’un montée à Paris. Lisieux était une ville mais certainement trop petite, et d’après ce que j’ai vu il y avait pas mal de cordonniers, la concurrence devait devenir rude.
      A bientôt !

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